Le Foyer Lataste était composé d’un centre de formation professionnelle, de salles de classe, de plusieurs dortoirs, d’un réfectoire avec des fresques murales où tous mangeaient ensemble, de plusieurs maisons familiales, d’une infirmerie et d’une immense terrasse fleurie d’orchidées et au centre du terrain un immense théâtre de bois sur pilotis, lieu de rassemblements et de fêtes. Les enfants y recevaient là quoti-diennement l’enseignement du bouddhisme par M. Narin. Ils y apprenaient aussi les danses traditionnelles khmères.
« Papa Emmanuel » veillait sur chacun des enfants comme sur sa propre famille. A ses côtés, plusieurs cambodgiens avec qui il avait fondé l’ADTJK : M.Narin, M.Chhulnly, M.Pin, Mlle Kimsen, Mme Minsok et bien d’autres encore. Tous avaient l’envie de redonner à ces enfants (souvent orphelins) une nouvelle vie, un accès à l’école, a la culture, aux soins médicaux.

Lorsqu’en 1998, Emmanuel décide de quitter le Cambodge, l’ADTJK a souhaité poursuivre le projet en recherchant des nouveaux partenai-res qui accepteraient de poursuivre le projet initial.
C’est marquée par cette rencontre en 1996, qui a laissé en moi une marque indélébile, que je me suis engagée avec Denis, ami d’Emmanuel, dans cette incroyable aventure humaine et que nous avons créé l’association AEC-Foyer Lataste. Sans cette rencontre, sans l’appui et l’expé- rience de notre partenaire privilégié l’ADTJK AEC FOYER LATASTE n’aurait jamais vu le jour.
Ce que nous sommes aujourd’hui nous le devons bien sûr à l’engagement de nos parrains, marraines et donateurs qui depuis 20 ans nous soutiennent et nous accompagnent. Nous le devons aussi à ceux qui dès 1993 en ont posé les fondations.
Aujourd’hui encore, nous avons à cœur d’accueillir les plus fragiles des enfants du Cambodge pour leur permettre d’accéder à une éducation de qualité et recouvrer espérance et dignité.
En ce 20éme anniversaire d’AEC, mes pensées vont vers l’ADTJK et Emmanuel. Notre actuel Foyer n’est rien d’autre que la continuité d’un beau projet né au foyer Lataste de Sisophon en 1993.
Patricia LABOURIER, mars 2018
L E S D E B U T S D’ U N E A V E N T U R E
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Patricia, Présidente d’AEC-Foyer Lataste, raconte les origines de l’association
C’est à l’occasion de mon premier voyage au Cambodge en 1996 que j’ai découvert à Sisophon le Foyer Lataste, fondé en 1993 par Emmanuel Guary et les membres de l’ADTJK, notre partenaire historique.
Dans ce Foyer séjournaient des enfants isolés ou sans famille, des femmes, pour la plupart veuves et sans ressources, des cadres cambodgiens chargés de l’éducation scolaire et sanitaire, tous originaires de Banthey Meanchey et victimes innocentes de la guérilla Khmers rouges.
Ce qui m’a frappé en arrivant dans ce lieu c’est l’heureux brouhaha de ces enfants de tout âge, dans un site exceptionnel, situé au pied des montagnes, magnifiquement décoré de fleurs multicolores et plus particulièrement de Chanthou (une variété de fleurs cambodgiennes avec lesquelles on confectionne des couronnes de fleurs), des arbres fruitiers à l’ombre desquels il faisait bon se reposer, des frangipaniers, des bougainvilliers, quelques poules vagabondes, des cochons et même 2 vaches.

Au Foyer, ils pouvaient retrouvrer une vie d’enfant, loin des derniers conflits, de la prostitution ou du travail contraint dans la rizière. J’ai été accueillie avec ces beaux sourires et très vite l’intégration a été totale. Tout était mis en oeuvre pour que chacun trouve sa place et vive dans l’espérance et la dignité. Chaque enfant participait à la vie quotidienne. Certains étaient députés au jardin potager, d’autres à l’arrosage des fleurs, d’autres encore aux tâches ménagères.
Tous les enfants étaient scolarisés au village et bénéficiaient de cours de soutien complémentaires par les enseignants du collège et du lycée tout proche. Parmi eux, M. Soeurn aujourd’hui responsable du programme CSS. Les plus grands étaient des jeunes soldats démobilisés. Au Foyer, ils apprenaient la mécanique automobile ou la menuiserie. Parmi eux Sinara et Taingo eux aussi salariés du Foyer Lataste d’aujourd’hui. Ce sont eux qui, avec le soutien de tous les autres étudiants, ont construit de leurs mains le Foyer Lataste. Chaque aîné veillait sur les plus jeunes comme des grands frères. Une attention particulière était portée à la jeune Marie Veasna, polyhandicapée, abandonnée aux portes du Foyer en raison de son handicap. L’ambiance était chaleureuse et familiale.
Entre 1993 et 1998, c’est près d’une centaine d’enfants qui ont été accueillis. Beaucoup d’entre eux sont encore aujourd’hui en lien avec Emmanuel.


D’ O U V I E N T L E N O M L A T A S T E ?
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Jean-Joseph Lataste, né à Cadillac en Gironde le 5 septembre 1832 et mort le 10 mars 1869, est un prêtre dominicain, fondateur des « Sœurs dominicaines de Béthanie ». Il a été déclaré Vénérable le 1er juin 2007 par le Pape Benoît XVI et béatifié le 3 juin 2012.
Durant sa première année de ministère, le Père Lataste fut chargé de nombreuses prédications et de l’animation de retraites. L’une d’entre elles marquera définitivement sa vie : celle auprès des détenues de la prison de Cadillac en septembre 1864. Au contact de ces détenues condamnées pour la plupart à de lourdes peines par la justice, il découvre des femmes qui étaient en réalité, aux yeux des hommes et à leurs propres yeux, condamnées à perpétuité. Impossible à l’époque d’imaginer une quelconque réhabilitation pour ces personnes que la société considérait comme définitivement perdues pour elle. Il existait bien quelques établissements qui accueillaient des femmes sortant de prison mais ces femmes, si elles y trouvaient accueil et lieu de prière, ne pouvaient jamais y devenir religieuses, ce qu’elles désiraient.
Le Père Lataste souhaitait, lui, qu’il y ait fusion entre les religieuses et les repenties, sans tenir compte du passé des unes et des autres. Le principe fondateur étant qu’il n’y ait aucune distinction entre les réhabilitées et les autres religieuses. Sans jamais nier les raisons qui avaient conduit ces femmes en prison et sans jamais remettre en cause la justice des hommes, le Père Lataste n’a jamais cessé de croire en elles et à leur réhabilitation possible, pour peu qu’elle repose sur un désir profond de changer de vie et d’être actrice de leur devenir.
Quel est le lien qui unit le Cambodge et le projet de l’association AEC-Foyer Lataste qui, dès sa fondation, a revendiqué sa dimension non confessionnelle et apolitique ?
Depuis l’élan donné par le Père Lataste en 1864, l’action d’AEC-Foyer Lataste s’inspire, partout où elle est vécue, de valeurs fondamentales : la valeur unique et irremplaçable de chaque personne humaine, la dignité de tout homme et de toute femme, quels que soient leur origine, leur situation, leur histoire, leur état physique, psychique ou social, la liberté fondamentale de chacun, la fraternité et la solidarité. Au-delà donc de son oeuvre de réhabilitation et de fondation de la Congrégation de Béthanie, le Père Lataste nous invite à croire encore aujourd’hui que tout reste possible, qu’une personne est plus grande que les actes qu’elle pose à un moment de sa vie, qu’aucun de nous n’est condamné à subir le poids de son histoire pour peu qu’on y introduise l’espérance, la charité et la force du collectif autour d’un projet éducatif commun et partagé.
Après les années terribles qu’a connu le Cambodge, où pour survivre au génocide khmers rouges, il fallait vivre dans le mensonge ou la dénonciation de son prochain, le roi Sihanouk a eu l’intuition que son pays ne pouvait renaître de ses cendres qu’à travers une « réconciliation nationale ». Bien sûr, il ne s’agissait pas de nier le poids de l’histoire et la responsabilité de ceux qui avaient commis les actes que nous connaissons. Il s’agissait plutôt de construire et de reconstruire des vies sur un projet nouveau et porteur de promesses où chacun aurait sa place. Le premier Foyer Lataste est né de cette intuition fondatrice que tous avaient droit à prétendre à une vie meilleure quelle que soit son origine et son histoire, au-delà des situations de vie, souvent chaotiques. C’est ainsi que dès le début des années 1990, le Foyer a accueilli des très jeunes enfants orphelins de guerre ou issus de familles très pauvres, de jeunes soldats démobilisés issus des différentes factions militaires en place à l’époque dans le Nord-Ouest du Cambodge, les premiers cadres cambodgiens que tout opposait, autour d’un projet commun, celui d’accéder à une vie meilleure, à travers des programmes d’éducation et d’accès à la culture, dans un cadre familial et beau, où chacun pourrait redevenir acteur de sa vie.
N O S D A T E S C L E F S
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