KEO Pov, 24 ans
« J’étudie la littérature anglaise, je voudrais devenir professeur d’anglais. Je suis en première année ; dans le système cambodgien, c’est une « année d’orientation » qui permet ensuite de se spécialiser dans ce que l’on veut faire, et la spécialisation dure 3 ans. Avant, je suis allé au lycée et j’ai passé mon bac pour pouvoir entrer à l’université. Je faisais partie du programme « Soutien dans les familles », de l’association. Mes frères ont arrêté l’école, l’un est allé jusqu’au brevet, et l’autre s’est arrêté à la 6ème. Moi j’ai fait le choix de continuer mes études parce que je veux pouvoir ramener de l’argent à ma famille et ainsi leur permettre d’augmenter leur niveau de vie. Ma mère est femme de ménage, et mon père joue d’un instrument de musique traditionnel cambodgien et anime les cérémonies de mariage. J’ai souvent joué de la musique avec lui mais je n’ai jamais voulu en faire mon métier car je voulais étudier».

SONG Soben, 21 ans
« Je fais des études pour devenir enseignante à l’école primaire. Ça fait deux ans que j’étudie, et j’aurais fini à la fin de cette année, une fois que j’aurais validé mon dernier examen. J’aimerais devenir maîtresse car j’aime beaucoup les enfants, et je trouve que c’est un beau métier. J’ai choisi de continuer mes études parce que je ne veux pas utiliser ma force physique pour gagner de l’argent, je préfère utiliser mon cerveau. Mes études se déroulent ainsi : d’un côté, j’ai des cours de pédagogie, et de l’autre je fais des stages. Ma première année, j’ai fait un stage d’un mois et demi dans une école, et la 2ème année j’en ai fait un de 2 mois. Une fois que j’aurais fini ce cursus de deux ans, j’aimerais continuer mes études. Quand je rentrerai dans la vie active, j’aimerais trouver un poste dans la Province de Banteay Chmar, mais je ne peux pas décider de la ville car c’est le Ministère de l’Education qui sélectionne les professeurs et les place dans les écoles où il y en a besoin.
Durant mon enfance, j’ai d’abord été intégrée au programme « Soutien dans les familles », de l’association quand j’étais en primaire, puis je suis venue vivre au Foyer Lataste à partir de la 5ème. L’ONG a su, tout au long de mon enfance et de ma scolarité, répondre à mes besoins, et j’en très reconnaissante. J’ai deux sœurs plus petites, elles vont à l’école, la plus petite est en CM1 et la plus grande en Première. J’aimerais qu’elles puissent aussi faire des études comme moi ».


Oeurn Chhaiden, 16 ans
Chhaiden est au collège et a intégré le programme « Soutien dans les familles » de l’association il y a trois ans. Elle aime beaucoup l’école, elle fait beaucoup d’efforts, et vient tous les dimanches à un cours facultatif organisé par le programme pour travailler plus, mais elle a tout de même des difficultés. Elle voudrait devenir enseignante. Elle a cinq frères et sœurs, et elle est la quatrième de la fratrie. Les trois premiers ne sont jamais allés à l’école, et les deux plus petits sont encore trop jeunes pour aller être scolarisé. Dans sa famille, cinq des membres ont un handicap de malformation du bras ou de la jambe. Ils ne sont jamais allés à l’hôpital ou chez le médecin car ils n’ont pas assez d’argent. Avant, son père était professeur, il aimait beaucoup son métier, mais il ne gagnait pas assez d’argent et n’arrivait pas à subvenir aux besoins de sa famille, il a donc arrêté pour trouver un travail mieux rémunéré. Pendant longtemps, il n’a pas trouvé de boulot, et depuis peu il travaille comme agent de sécurité d’une banque de nuit. Il doit parfois enchaîner travail de nuit puis de journée, et quand il a un jour de repos, il dort, puis va pêcher et va dans la montagne pour cueillir de quoi nourrir sa famille. Son nouveau job ne gagne pas bien mieux, et maintenant les salaires des professeurs ont augmenté donc il regrette d’avoir abandonné ce métier qu’il aimait tant. Mais il est très heureux que sa fille veuille faire à son tour cette profession et l’encourage dans cette voie. Il a un conseil pour tous ses enfants : toujours essayer et persévérer, faire de son mieux et avoir un bon job pour le futur. Il aide sa fille de son mieux : étant aussi touchée par un handicap, elle ne peut pas se déplacer à vélo, elle est obligée d’aller à l’école à pied, mais quand elle revient le soir à 18h, il fait nuit et le chemin est dangereux, donc il essaie le plus possible d’aller la chercher ».


Chen Kimchinh, 15 ans
Kimchinh est en 4ème, elle a de bonnes notes, et veut continuer sa scolarité. Elle aimerait avoir un salon de beauté. Elle a quatre frères, elle est la 3ème de fratrie. Ses deux grands frères ont arrêté l’école. Sa mère voudrait que tous ses enfants aillent à l’école et continuent le plus possible leurs études, mais les plus grands ont décidé d’eux-mêmes d’arrêter pour pouvoir aider leurs parents à rapporter plus d’argent. Sa mère ne travaille pas, elle s’occupe des enfants, et fait la cuisine. Son père était agent de sécurité mais il est tombé malade et a dû arrêter. Aujourd’hui, la famille est dans une situation précaire car ils n’ont plus aucun revenu. Tout repose sur les épaules des deux grands qui sont partis travailler en Thaïlande. Sa mère n’a peut-être pas d’héritage à lui donner, mais elle lui répète souvent quelques conseils, il faut qu’elle travaille dur, qu’elle continue d’aller à l’école, pour avoir un bon métier et un bon avenir.
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